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Etnopsychiatrie et Thérapie Familiale.Travailler avec les familles migrantes.Comparaison entre les approches de Tobie Nathan et de Maurizio Andolfi.

Qu’ont en commun du point de vue de la clinique les modèles de thérapie << avec la famille >> de Maurizio Andolfi et la pratique etlmopsychiatrique de Tobie Nathan ?
Dans les milieux de la << santé mentale >>, les réponses à une telle question renvoient le plus souvent à des considérations théoriques et non pas à un enrichissement de l’expérience et un élargissement du savoir être. Tout au contraire, les deux journées de rencontre organisées à la Sorbonne en juin 1997 ont permis de visionner des enregistrements de consultations et de
préciser les options cliniques de ces deux chefs de file.
Une des séances filmées montre T. Nathan en interaction avec une adolescente fugueuse, d’origine yougoslave. Le père est handicapé depuis un accident subi afin d’éviter un << enfant qui lui coupait la route avec un air moqueur >>. Il ne quitte plus le domicile. T. Nathan utilise différents recadrages. Par ex. la fille renforce les occasions de manifester l’autorité paternelle dont elle souffre ou encore, << le Père maintient la Yougoslavie et garde la maison >>. Il n’a pas accepté la mort de Tito. Son pays s’est cassé comme lui-même et comme sa famille risque de le faire (la fille est amoureuse d’un Français). Ainsi T. Nathan construit en séance un << univers >> dans lequel tout ce que dit le patient devient vrai. Ce qui lui permet de sortir les
<< images fixes ›› qui se sont formées au moment du traumatisme, et de séparer le patient de sa maladie, à l’inverse du travail de la médicalisation qui prétend que le problème est dans le sujet.
T. Nathan pose des questions apparemment absurdes : il demande à un enfant de décrire le mariage de ses parents, ou << pourquoi cela vous est-il arrivé ? >>. Il affirme des hypothèses << dans votre entourage il y a eu quelque chose  >> et recherche comme moyen de réparations des << recettes ›› qui ont l’avantage d’être localisées, améliorables, de susciter la discussion et peuvent être validées. Ainsi le pays d’orígine n’est plus dans la maladie mais passe dans des remèdes de << bonnes femmes >> (M. Andolfi fera remarquer que le terme italien pour ordonnance est << Ricetta >›). Travailler avec les invisibles permet de dissocier le symptôme de la personne (<< les esprits des enfants non-voulus qui sautent de branche en
branche et narguent les voyageurs >›).

La thérapie, conformément au modèle constructiviste, consiste à relancer et à valider des constructions alternatives de la réalité.
Pour M. Andolfi, l’objet de la thérapie ce sont des << situations >> (par ex. le deuil non résolu par rapport au pays d’origine dans une famille où une jeune fille anorexique « << se laisse mourir >>). M. Andolfi s’efforce de transformer le patient identifié en co-thérapeute afin de travailler le processus de mort dans cette famille triste, désespérée, avec qui la thérapie s’est enlisée. Plus il donne un statut de compétence à la famille, plus elle le devient. L’anorexique
amène ses parents a s’exprimer sur les morts qui les ont le plus marqués, avant que son propre décès ne survienne. Ces situations ne sont pas vierges de la culture d’origine. Ici aussi, l’adolescente maintient le lien avec le pays. M. Andolfi lui prescrit comme tâche de revenir avec d’autres émigrés, après << avoir déjeuné >> comme une fille de son âge et non comme si
elle était la mère de sa soeur.
Le hasard permettra six mois plus tard à la famille d”assister à une rencontre entre M. Andolfi et les thérapeutes qu’il supervisait derrière le miroir sans teint. Le dispositif ainsi constitué est proche de celui de T. Nathan et permet de mettre à nu, de dénoyauter, les théories des uns et des autres. Comme dans la thérapie traditionnelle, la << théorie >> est publique, et pourtant
agissante.
Pour T. Nathan et M. Andolfi, alors que la plupart des thérapeutes croient travailler sur l’inconscient ou sur la communication, ils agissent en réalité sur quelqu’un qui sait qu’on agit sur lui, qui s’intéresse aux théories du thérapeute et s’efforce de l’influencer. Les clients scrutent les croyances des thérapeutes en << promettant >> éventuellement de se convertir, et les
processus thérapeutiques produisent des adeptes dans l’environnement des consultants, qui sauront où aller si la même chose leur arrive.
Carl Whitaker a démontré excellemment que les théories et les souffrances sont partagées, et que le thérapeute doit pouvoir se sentir << patient >> et inversement.
Dénoyauter toutes les intentions thérapeutiques, y compris celles en-dessous des  médicaments, permet d’éviter que la famille adhère à une nouvelle secte. Tout est discutable, y compris soi-même et donc une multitude de théories est indispensable. Consulter, c’est vouloir rencontrer quelqu’un qui << pense différemment >>. Après avoir été enseigné on est prisonnier, après avoir été fabriqué, on est libre.
L’ethnopsychiatrie de T. Nathan, les thérapies avec la famille comme les thérapies brèves sont inspirées par le constructivisme, et considèrent l’être humain dans son environnement.

La psychologie scientifique articule, depuis ses origines, le fonctionnement de l’être vivant à partir de la perception et de l’action. << La souffrance n’est pas dans les circonstances mais dans la représentation que nous en avons >> (Epictète).
Le premier vecteur d’action porte donc sur les recadrages qui multiplient les cartes de lecture au niveau de la perception, et le second sur le développement d’un plus grand nombre d’options au niveau de l’action.
Le but du psychologue praticien est de créer un contexte polysémique et de favoriser, par exemple par des tâches, le passage a l’action.
Ces pratiques sont orientées vers les solutions et non sur les problèmes – vers le futur qui permet une mise en mouvement des solutions, le passé n’est investigué que pour y puiser des ressources – vers l’externalisation par contraste avec la médicalisation (cf. Foulcault qui décrit l’internalisation de la folie au cours du temps en Occident).
Elles intègrent la dimension spirituelle de l’Humain (retrouver le sens de son existence …). La personne n’est jamais le problème, qui ne la définit pas, mais l’influence.
Les constructivistes voient toutes choses comme des changements, des flux.. La nouvelle structure devient une nouvelle histoire et la personne un << héros >>.